WHAT THE FUCK ARE THE VSFWNR ?


 

En résumé : 

Ce sont des films très courts qui, avant que d’être films et d’être courts, se sont préoccupés d’être des expériences durables faites de jours de vie inoubliables pour les jeunes gens qui en ont été les acteurs et actrices.
C’est le motto de SdS : apprendre à faire sa vie [comme une œuvre].

C’est la vie qui compte d’abord, mais comme œuvre. La vie que l’on se crée pour la vivre en tant que vie vraie, dans sa puissance, ouverte à tout ce dont on peut se sentir capable, chacun et ensemble.

Ce qui avait lieu tout de suite devait être une œuvre avant et ce qui a eu lieu, c’est la préparation d’une œuvre ; un moment de vie appelé tournage et qui fit œuvre en soi. Le jour inaugural d’un faire sa vie.

Et pour que les VSFWNR soient des moments de vie, il était important de ne pas savoir à l’avance ce qu’on allait y réaliser, à part une journée de sa vie et ses vies rêvées, à part du plein de vie qui aurait de l’allure vraie et de l’intensité tout de suite, cela le plus possible. 

Une situation de tournage création en soi, qui se suffit à elle-même et en tant que telle. Comment faire cela ? 

Et quoi après ? S’il y a film (Very Short Film) ensuite, c’est comment ? C’est en tant que trace, en tant que mémoire-enfant de la fabrication d’un premier moment vivant volé (l’état exceptionnel de tournage).

 

 

En détails : 

On commence SdS en acteur, en actrice

Les rôles tenus par les étudiant.e.s ont constitué leur première action au sein de leur promotion. Au moment de tourner, ils et elles n’avaient pas d’interconnaissance ; ils et elles découvraient en même temps les métiers du cinéma, le jeu d’acteur, se découvraient entre eux, découvraient le lieu où ils se trouvaient et les textes qu’ils et elles allaient devoir dire dans quelques minutes.

Les VSFWNR sont des films très courts qui, avant d’être films et d’être courts, se sont préoccupés d’être des expériences durables, en forme de jours de vie inoubliables, pour les jeunes gens qui en ont été à la fois le sujet, l’objet et les acteurs et actrices.


Créer une situation vraie où l’on joue, l’œuvre de tourner

L’action de tourner, comme projet cinématographique. Ce qui allait avoir lieu tout de suite – vivre une situation – devait être une œuvre avant. Avant quoi ? Avant tout. Et ce qui a eu lieu, ce qui a fait œuvre-projet, c’est la préparation d’une autre, c’est un moment de vie appelé tournage ; un jour-art en soi, placé au tout début de la formation des étudiants, en tant que journée inaugurale d’un faire sa vie.

Cette journée, qu’a-t-elle dit ? La journée a dit : “on peut faire sa vie” et “ce pouvoir est à l’œuvre”. Mais en l’occurrence, une situation de tournage création en soi qui se suffit à elle-même et en tant que telle, comment faire ça ? 


Quelque part de beau

D’abord, de la nature. De la beauté qui ne doit rien à l’art (Ovide - Les Métamorphoses) et du plaisir rare, coûteux : des lieux perchés, perdus, troués, tordus, suspendus, cachés, noyés, nationalo-parqués, foresto-gardés, écolo-stressants… inatteignables autrement que par pénétration (mauvaises routes, mauvais sentiers, escalade, etc). Surtout : rejoints on ne sait pas pourquoi. Aller d’abord pour aller, être là pour se trouver là. Être, non pour avoir été, et faire, non pour avoir fait.


Oui, mais encore une fois : comment ?

Il faut créer un temps de ça et le vivre là. Il faut : ne pas savoir à l’avance ce que l’on va y réaliser, mise à part une journée de sa vie et de ses vies rêvées, mis à part du plein de vie(s) qui aura de l’allure vraie et de l’intensité tout de suite. Cela, le plus possible.


Alors, un tournage. Quel film ?

Personne n’en avait la moindre idée. Les actrices et acteurs, l’équipe de professionnels, le réalisateur… personne. Et personne ne se pose cette question ; les jeunes gens, encore inexpérimentés, ne savent pas qu’elle se pose, l’équipe a compris qu’elle ne se pose pas.

Mais quoi après ? S’il y a tournage, il y a film après (Very Short Film) ; et ça, c’est comment ? C’est en tant que trace, en tant que mémoire-enfant de la fabrication de moments vivants suspendus : ces petites journées sans grand projet, si ce n’est celui de la discontinuité et de l’improvisation.

Chaque Very Short Film With No Rules a été tourné en quelques heures – un jour entier par exception. L’un après l’autre – ainsi, pour chaque promotion. Deux mois, bout à bout. Jamais été question de les relier ensemble en un long métrage, une continuité, une histoire, un scénario qui les aurait englobés, quelque chose qui aurait dépassé les moments et les êtres et aurait pris sur eux un ascendant. 

Alors des films courts. Très courts et beaucoup. À chaque jour, chaque moment, sa création. Pas ou peu de règles communes, pas vraiment un genre alors ? – le genre, cet autre surplomb. Ce que la charge d’un lieu, la fuite du temps et la vitesse de la lumière permettaient de faire librement est ce qui a été fait.


Recyclerie instantanée de dialogues cinématographiques

L’équipe de tournage, le réalisateur et les étudiants ne prenaient connaissance des dialogues qu’une fois arrivés sur un lieu où tourner – c’est-à-dire un lieu où “faire passer du temps” et donc une caméra, puisque c’est là précisément la fonction d’une caméra : faire passer du temps d’un état à un autre.

Les éléments de dialogue, sobrement utilisés pour construire les VSFWNR, sont des éléments recyclés : ils sont librement inspirés de répliques et de sous-titres de films visionnés par d’autres en atelier de programmation, collectés et expédiés au matin, sans indication de provenance – comme des fragments archéologiques de mythes modernes, découverts, trouvés sur place, entre les arbres, les rochers ou dans la mer.

Le recyclage de dialogues cinématographiques a été aussi un moyen, pour le réalisateur, de ne pas tirer les choses à lui. 


Élections gyromanciques

Décors, dialogues et distributions des VSFWNR n’ont pas été déterminés les uns par rapports aux autres. Leurs rencontres ont été hasardeuses. C’était une fois sur place et dans l’instant qu’il s’agissait de trouver comment les associer. À chaque fois et sans perdre de temps, car la lumière du jour, qui n’attend jamais rien ni personne, restait la principale source d’éclairage de nos scènes.

Durant un petit déjeuner ou un déjeuner de campagne, les rôles étaient distribués aux actrices et acteurs (un groupe différent par film, auto-composé de volontaires) qui apprenaient alors leur texte, du temps que l’équipe préparait la scène, la photo et les mouvements de caméra, en s’adaptant à la fois aux lieux, aux dialogues découverts in situ et à la météo du jour.


Un plateau technique allégé

Sur le plan technique, les VSFWNR sont tournés avec des moyens professionnels, mais limités à l’essentiel : ce qui pouvait être transporté à dos sur des voies d’accès souvent difficiles ; 1 caméra + set objectifs, pied, steadycam, épaulière, drone et renforts à la lumière naturelle pour le Luberon et le Vercors, + Dana Dolly pour les tournages dans la région de cassis.


Paradoxes

Malgré les efforts consentis et les difficultés pour atteindre des sites d’une qualité exceptionnelle, très peu de plans de paysage ont été tournés. L’effet de la situation sur les êtres était le sujet cinématographique, non l’image de la situation elle-même.

Le tournage et la mise en scène de chaque VSFWNR ont été organisés autour d’un ou de deux plans séquences et aucun ou presque n’est resté entier au montage, où les plans serrés et gros plans sont très présents. L’intérêt du plan séquence au tournage n’était pas formel (With No Rules, baby) mais pédagogique. Un plan séquence, c’est difficile à réussir, il faut être et rester très concentré, mémoriser beaucoup de texte et de repères ensemble, rester patient, être exigeant, savoir refaire (parfois 15 ou 20 fois) ce qui avait d’abord été fait naturellement dans le jeu, visionner les erreurs pour améliorer sa performance… L’enseignement d’un plan séquence est multiple et intensif.


Particularités

Quelques musiques ajoutées au montage sont des créations d’étudiants, mais pour la plupart, leur présence dépend du même principe que les dialogues au tournage : un recyclage cinématographique et patrimonial plus ou moins hasardeux.

Les lieux. Pour la moitié d’entre eux, la moitié tournée sur la côte méditerranéenne, les lieux ont été choisis et repérés par les étudiant.e.s du Campus Issa Samb, très impliqué.e.s dans la préparation du second mois de tournage. 

La post-production des VSFWNR a commencé 5 mois après le premier tournage. Le montage a été fait au vu des étudiants mais non avec eux, qui disposaient déjà alors de leur propre matériel de tournage et studio de montage sur les campus SdS et qui font depuis leurs propres films de façon autonome.


Conseils aux lecteurs

Les VSFWNR opèrent comme des poèmes, des condensés de sens ; malgré leur brièveté, qui le permet, nous déconseillons d’en regarder plus d’un ou deux à la suite.

Il sera bien mieux d’y revenir.